Paimpol

Paimpol (Penn Poull, en breton, signifiant "tête de l'étang") était autrefois une presqu'île.

Elle s'est réfugiée au cours des ans dans le fond de sa baie, bien à l'abri des colères de la mer. Elle devient commune indépendante en 1789, après avoir été terre seigneuriale pendant plusieurs siècles. Faisant auparavant partie de Plounez qui était alors paroisse indépendante, elle s'enrichira de plusieurs villages voisins pour finir par devenir ville d'importance en fusionnant avec Kerity et Plounez, le 21 novembre 1960.


marée basse à Paimpol marée haute à Paimpol

A marée basse, les eaux se retirent bien loin au point d'isoler complètement le port.

Lorsque la mer remonte, le paysage change complètement et les bateaux peuvent enfin sortir ...

Pour qui se baigne encore de l'atmosphère de l'oeuvre du plus illustre de ses chantres, Pierre Loti dans son roman "Pêcheurs d'Islande", la vision d'une ville nouvelle désormais principalement tournée vers le tourisme estival, amènera peut-être une légère déception ...

Les choses ont, en effet, bien changé depuis le 19ème siècle où la cité portuaire grouillait d'une population affairée à une activité qui a fait sa renommée : la Grande Pêche. La rade était alors parcourue par les "Islandais" en quête d'un mouillage ou relevant les amarres pour s'en aller dans les mers du Grand Nord.


vieux gréement et port de Paimpol

La première goélette inaugurant la grande épopée de pèche en Islande sortira du port en 1852. A la fin du 19ème siècle, une flotte de 80 goélettes à hunier étaient inscrites au rôle. La disparition progressive des voiliers réduira ce nombre à une vingtaine d'unités à l'aube du conflit de 1914 et, en 1932, elles n'étaient déjà plus que 9 ... Le deuxième conflit armé du 20ème siècle ne verra plus ces rudes embarcations : elles auront totalement disparu. La "Glycine", dernier bâtiment de cette glorieuse épopée sera désarmée en 1935. Pendant cette période, une centaine de navires disparaîtront en mer, entraînant avec eux près de deux mille marins. L'état des bateaux, vieux ou mal entretenus, sera à l'origine de bon nombre de ces catastrophes. La fatigue et l'alcool, qui faisaient partie du quotidien des hommes, seront également les causes de naufrages bien souvent inexpliqués.

Ces goélettes de 30 mètres embarquaient 22 hommes et cinglaient vers l'hiver du Grand Nord à partir de février pour ne revenir au port qu'à l'automne. Le temps qui règnait sur les bancs de morue était si mauvais qu'il interdisait l'usage des doris. C'est du pont, face à la bise glaciale que les pêcheurs hissaient le poisson qu'ils piégeaient en laissant dériver le bateau.

Jamais ces marins ne connaissaient alors la douceur d'un été ...

Paimpol fut déjà, bien avant cela, l'un des premiers ports de la côte Nord de la Bretagne à armer vers la pêche à la morue : les premières campagnes en direction de Terre-Neuve et du Groenland datent du 15ème siècle.

Cette époque révolue, les beaux bateaux ont été progressivement remplacés par de petites unités de pêche côtière, auxquelles sont venus s'ajouter les bateaux plats des ostréiculteurs puis les voiliers des plaisanciers de la belle saison.

La construction des quais débuta en 1842 et celle du premier bassin en 1878 ... avec des matériaux récupérés sur les murs de l'ancien château fort de Bréhat !

La ville s'est résolument vers une nouvelle vocation : le tourisme et la plaisance. Pour y faire face et être l'égale de ses voisines, elle construit un nouveau port destiné à attirer les voiliers des temps modernes.

ancien clocher à Paimpol


L'église actuelle est presque contemporaine, datant du début du 20ème siècle, remplaçant un lieu de culte dont les premières pierres furent posées au 13ème siècle.

Les vestiges de celles-ci sont les deux piliers en spilite, de couleur verdâtre, conservés à la base de l'ancien clocher de 1550 (appelé erronément "la Vieille Tour") qui coiffait l'édifice du 16ème siècle.


ancien clocher de Paimpol






L'ancienne église eut une fin que les livres d'histoire ne racontent pas et pour cause : elle ne fut pas glorieuse car abattue par la volonté du curé de l'époque et d'un clergé qui ferma les yeux !

Seuls quelques anciens ont encore le souvenir de cette triste fin. En voici l'histoire ...

... au début de 20ème siècle, la Grande Pêche et les métiers qui l'entouraient enrichissaient la ville et ses occupants. Par la volonté de ses représentants ceux-ci alimentaient par les impôts des caisses que convoitaient partiellement le curé : il voulait une belle et grande église, à la mesure de sa paroisse et de son ambition ! Il parvint à obtenir les fonds nécessaires à sa construction, qui coûta d'ailleurs fort cher : elle fut édifiée sur d'anciens marais ! Les fondations du lieu de culte durent être ainsi réalisées à la mesure d'une cathédrale ... solides et profondes.

Lorsque l'édifice fut enfin ouvert, la bourgeoisie s'y rendit en rangs serrés ... mais pas les anciens ni les humbles. Ceux-ci, attachés à l'ancienne église, venaient y cogner l'huis afin d'y entendre le sermon dominical. Mal leur en prit ! Le curé vindicatif et colérique finit par obtenir que l'on détruise le vieux bâtiment !

La chose fut promptement entamée et c'est grâce à l'intervention d'un armateur de la ville, attaché lui aussi à ces vieilles pierres, que le clocher fut sauvé.

La nef et ses contreforts avaient malheureusement déjà succombé aux coups de pioche ...

Au cours de ses 20 siècles d'existence, l'Eglise et certains de ses potentats locaux n'ont ainsi pas seulement quelques millions de victimes sur la conscience mais aussi la disparition de certains lieux érigés à leur gloire ... et dont ils étaient pourtant les instigateurs.


... mais cela est une autre histoire !


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