Situé à l'extrême limite du territoire de la commune de Crehen, ce château a emprunté, par habitude ou facilité, le nom du village sur lequel il a été construit : Le Guildo. La seigneurie du même nom se manifestera au début du 13ème siècle. L'ancien chemin des douaniers vous y conduira, après avoir longé la rive droite de l'estuaire de l'Arguenon. Par la route, c'est en venant de Saint-Jacut ou de Saint-Cast, presqu'à la frontière du village voisin, Notre-Dame-du-Guildo, qu'en empruntant une voie communale balisée vous pourrez y accéder : une petite aire de stationnement y a même été aménagée.
Visible sur l'autre versant de l'estuaire de l'Arguenon en venant de Saint-Cast, vous pourrez apprécier, dominant de leur masse imposante le cours d'eau se jetant dans la mer, les ruines de l'ancienne forteresse qu'était le château du Guildo, paraissant finir de s'écrouler sous le poids des ans ...
Construit sur une pointe qui, il y a bien longtemps, était un éperon barré, il trouve son origine au 12ème siàcle.
Son érection fut une succession d'aménagements jusqu'au 14ème siècle.
Il a connu de nombreux propriétaires : au 14ème siècle, il appartient à Bertrand de Dinan. Les guerres qui séviront en Bretagne au milieu du 14ème siècle le laisseront entre les mains de Jean IV de Beaumanoir, principal allié de la famille des Penthièvre. S'alliant à celle-ci, Charles de Dinan épouse la fille de Jean de Beaumanoir et fait du domaine une puissante seigneurie. Après avoir combattu aux côtés de Duguesclin contre les anglais, devenu l'un des plus puissants seigneurs de Bretagne il passe en 1379 dans le camp de Jean de Montfort. A sa mort, trois de ses fils héritent de la propriété mais c'est à partir de 1444, sous Françoise, héritière de la dynastie et épouse de Gilles de Bretagne, qu'il atteindra son apogée. Ce dernier n'y vivra toutefois que deux ans, arrêté en 1448, par la volonté de son frère François. Le château est alors mis à sac. Son épouse n'aura de cesse de venger la mort de son mari et ira jusqu'à mener une conspiration contre François Ier. Il en résulte un nouveau conflit armé et les troupes royalistes françaises, prendront la forteresse d'assaut pour l'incendier en 1488. Françoise de Dinan meurt en 1499 et, avec elle, la lignée des anciens seigneurs du château. Il revient alors à la famille de Laval qui, puissante propriétaire de nombreux domaines, n'y accordera que peu d'intérêt, le laissant pratiquement en l'état. Il connaîtra alors encore plusieurs sièges, au cours de conflits entre Ligueurs et Royalistes et pendant les guerres de religion. A la fin du 16ème siècle, il est presque réduit à l'état de ruines. Jusqu'au milieu du 17ème siècle, sa dernière occupante, la marquise du Bois de la Motte, y fait faire quelques réparations mais après son décès, en 1652, il est abandonné et reprend alors sa longue agonie. Bon nombre de ses pierres disparaîtront, petit à petit, pour être utilisées dans la construction de certaines maisons du pays ...
Appartenant à la commune de Crehen, le château et ses abords sont en voie de consolidation afin de préserver ce qu'il en reste ...
Une étude archéologique du site tente d'interpréter le résultat de fouilles qui y sont menées depuis plusieurs années. Elle permet d'ores et déjà, grâce à l'installation de quelques bornes d'informations, de se faire une idée de l'agencement et de la destination des nombreuses salles que comportait l'édifice.
L'histoire du château et de ses habitants successifs en retient essentiellement l'occupation par le prince Gilles de Bretagne. C'est d'ailleurs souvent par ce nom que le château est cité. Elle est tragique et démontre les rivalités qui pouvaient exister ... et existent toujours, entre les "grands" de ce monde.
Préférant mener joyeuse vie plutôt que d'assumer son rang par des moeurs plus austères, défavorisé par l'héritage que lui laissa son père Jean V, Gilles comptait parmi ses amis de nombreux britanniques. Cette situation finit par l'opposer à son frère, le duc François Ier, qui le fit arrêter ; il fut assassiné en 1450 sur les ordres de ce dernier.
La tradition populaire veut que "courir le guilledou" soit une expression qui fut à l'origine de la vie dissolue du malheureux prince.